CR de l'UTMB 2007

Modérateur: Equipe Comptes rendus

CR de l'UTMB 2007

Messagede steph28 le Mar 23 Oct 2007 21:11

c'est celui envoyé pour le journal de mon club de Maratouristes. Un peu long, comme ma course...
CR de l’Ultra trail du Tour du Mont Blanc




Mes 5 mots : montagne – jours – nuits – joies – déceptions

Tout d’abord, un grand bravo à tous les maratouristes qui se sont lancés dans ce défi : pour des gens de la plaine, c’est assez courageux.
Ensuite , un grand MERCI à la famille de Philippe pour son accueil si chaleureux la veille d’une course si importante ; l’ambiance était tellement festive que j’en oubliais presque la course du lendemain ; et rebelote le midi suivant chez Martine et Henri : même joie de se revoir et d’affronter LA montagne, après une pasta bien agréable.

En 2006, après avoir fini le tour grâce à l’aide très précieuse de Jean-Yves, je me devais de le refaire sans lui. Avec Philippe, on s’était mis d’accord sur des priorités : 1-finir ; 2-faire le plus possible ensemble ; 3- arriver entre 37 et 40 heures


C’est pour cela que l’on s’est faufilé le plus près possible de la ligne du départ ; la musique n’étant pas forte, je n’ai pas eu les mêmes frissons que l’année passée.

Après un départ prudent jusqu’aux Houches , la 1° montée se dresse devant nous : le Col de Voza. Je le connais bien, je l’ai fait 15 jours auparavant. On monte bien, on ne se perd pas de vue, on fait des photos. En haut, j’ai 25 minutes d’avance sur 2006.

Ensuite, c’est la descente vers St Gervais : pentue au début, mais dans l’herbe, elle devient dangereuse quand la nuit tombe ; j’ai ma frontale depuis longtemps ; j’allume et on attaque la route qui descend de plus belle. Un coucou à Danye ; je ravitaille et j’attends Philippe qui a pris son temps ! On vient de faire 1 000m de D- .

On repart doucement en alternant course/marche jusqu’aux Contamines ; je ralentis pour attendre Philippe, mais Martine me dit qu’il est devant : c’est lui qui m’attend. Ensuite, à la queue leu leu avec les autres coureurs, on attaque le Col du Bonhomme ; Philippe ouvre le bal, je suis. Arrivé au col, j’avais oublié qu’il fallait encore marcher longtemps avant de redescendre sur Les Chapieux. C’est moins glissant qu’en 2006, mais on tombe quand même sur les fesses, et on prend notre temps. Aux Chapieux, soupe, casse-croûte, crème dans les chaussettes, coucou à Martine et on repart. Mais là, changement de tactique : Philippe a mal au genou et ne peut pas courir ; moi, c’est une contracture au mollet ; alors on y va en marchant vite.
On monte au Col de la Seigne à bonne allure ; mais je flanche à 300m de l’arrivée ; Philippe continue doucement ; je prends un gel « coup de fouet », qui a son effet immédiat. Je reprends Philippe dans la descente : il sera allé plus loin qu’en 2006 !!! Une longue descente nous amène à Elisabetta, où on discute avec l’organisateur/coureur, Michel Poletti : il est tombé aux Chapieux et est resté dormir un peu ; il repart derrière nous. Dans la montée de l’arête du mont Favre, j’ai les jambes : je laisse Philippe et je suis Michel P., un petit peu ; mais il va trop vite ; en haut j’attends Philippe et on redescend vers Maison Vieille, où il reconnaît des Drouais ! On discute, photos souvenirs , et on descend vers Courmayeur ; on se change et on mange en 20’, avec Danye.
Au moment de partir, Jean-Pierre arrive : il peste, veut abandonner, trouve le paysage moche, prend son temps…Il nous faudra 50’ avec Danye pour le remotiver ; je sais qu’à 3, on sera plus fort pour la 2° nuit. Pendant ce temps, Philippe a enfin fini ses 3 nouilles et il comate, allongé ; au moment de repartir à 3, Philippe a envie de vomir ! Je suis pas sorti de l’auberge (italienne) avec ces 2 chochottes !
Bon, on attaque Bertone ; JP allume en tête et on double beaucoup de monde ; mais on se fait enrhumer par…Michel P., qui vient de se faire poser des points de suture et de la glace ; il prend le temps de nous donner le classement de la tête ; vraiment sympa. Au ravito, on prend 10’ ; je connais l’endroit et je sais qu’il ne faut pas s’attarder car c’est magnifique ; alors j’appelle mes compagnons, et hop !, c’est reparti pour Bonatti ; c’est beau mais qu’est-ce que c’est long ! Surtout en marchant. Arrivé au refuge, on prend des nouvelles des copains : abandon pour Christian, Henri et Didier ; Denis est reparti de Courmayeur mais pas encore arrivé à Bertone, en 3h : mais qu’est-ce qu’il fout ?
Descente vers Arnuva ; ravito ; je préviens mes compagnons que je repars tout de suite, pour ne pas me refroidir ; JP me rattrape plus tard comme un fou et me dit que Philippe veut monter à sa vitesse ; rendez-vous est pris à La Peule, dans la descente. Le Grand Col Ferret, tant redouté passe bien, mais il fait super beau cette année : pas de poncho ! En haut, je me strappe la jambe et je descends en bavardant avec Alexandra Rousset, la femme de Benoît Laval (monsieur Raidlight). Je retrouve JP au ravito, puis Philippe.
A La Fouly, où nos suiveurs sont au resto, on nous dit que Denis est sur nos talons !Même pas mort, le Denis ! Sa puce n’a pas fonctionné à 2 reprise et on croyait qu’il était redescendu à Courmayeur, faire une belote avec les 3 autres. On donne pour consigne de le booster quand il arrivera, pour nous reprendre. On repart à 3, pour la 2° nuit. Et le long d’un chemin en mono trace, alors que JP éclaire devant et que je reste derrière Philippe, celui-ci me demande où il doit aller : à gauche ou à droite ? Là, je suis scié : à gauche, il faudrait être un bouquetin pour pouvoir monter ; à droite, c’est de la folie tellement ça descend ! Alors je passe devant et ordonne à Philippe de me coller au plus près ; il obtempère ! Ouf, son coup de mou n’a pas duré trop longtemps. On se retrouve donc à Praz de Fort ; une bise à Danye qui remotive son Philippe encore un peu dans le gaz , et on monte à Champex ; c’est un peu long, surtout à la fin, mais un repas chaud et des habits pour la nuit nous attendent. Je change mes piles, on mange bien, on se repose un peu à table. 30’ d’arrêt et ça repart.
On descend quelques kilomètres et on se retrouve au pied de Bovine : la côte la plus terrible de la course. Des rochers à escalader d’un mètre de haut, des racines glissantes, de la boue. Mais il fait chaud et sec. J’ai une revanche à prendre sur Bovine, où j’ai tellement souffert en 2006 (pluie glaciale et contracture, fatigue). Je préviens les copains : RV au ravito car je fonce, je vais tout péter ! Et là, c’est de l’inconscience pure, je monte à toute allure et je double : « pardon ! à gauche ! scuse-moi ! » Les gars qui tentent de me suivre s’arrêtent pour souffler ; je grimpe seul , j’escalade , là où des gars sont assis sur un rocher en train de chercher leur souffle. Merci le Doliprane, j’ai même plus mal et je prends mon pied ! Là haut, j’attends au moins 15’ en buvant 4 soupes. Les copains arrivent : on a vaincu Bovine.
On repart à 3 , ou plutôt à 2, car dans la descente, c’est Jp qui s’envole et moi qui fait la nourrice ; Philippe souffre de plus en plus, et moi un peu moins que lui. P…de descentes ! La descente est hyper technique : pierres en vrac, racines en tous sens ; c’est interminable ; j’encourage Philippe ; on se fait doubler des dizaines de fois. J’attends et puis je fonce vers le ravito pour dire un truc à JP. Mais pas le temps de lui parler beaucoup ; je lui dis : » J’ai mal et Philippe n’avance plus dans les descentes ; on est à 1 heure de la barrière horaire ; on va se faire éliminer tous les 3 ; vas-y tout seul, je vais le dire à Philippe et je te suis ». Et là, qu’est-ce qu’il me dit, JP ? Il me scotche : « J ‘ai des hallucinations ; je vais retrouver les autres pour dormir 30’ dans la voiture ». Et il part ; je ne le reverrai pas avant longtemps.
Je me soigne : pommade, doliprane ( je suis accro) et je demande des nouvelles de Denis au gus de l’ordi ; il est 7h24 ; le gars me dit qu’il sera là à 7h15 !!!Je cherche Denis partout sous le chapiteau : il n’y a que 10 coureurs mais pas de Denis. Tiens ! Celui-là je le connais : c’est le sosie de Philippe, en moins fringuant que chez ses parents. Je lui explique ce que j’ai dit à JP, que je vais partir pour ne pas risquer d’être hors délai si je l’attends et surtout que Denis sera là très bientôt. Et là, Philippe me dit : « Tu m’attends en haut ? » « Non. » « A Vallorcines en bas ? » « Non, Philippe, je pars ! Et tu finis avec Denis » « OK, on se revoit à l’arrivée. » Encore un peu dans le gaz , Philippe, ou alors je m’exprime mal…Et moi je flippe, car je ne veux pas être hors délai (alors que j’avais du temps) ; et je pars à toute vitesse ; j’ai des remords, mais je compte sur Denis pour « aider » Philippe. Je mets 1h pile pour monter les Tseppes, la dernière vraie difficulté de cet UTMB ; je double au moins 20 personnes qui n’en reviennent pas ; moi non plus, je guette le moment de moins bien ; paf, il arrive ! J’ai oublié de faire le plein d’eau , et en ce début de matinée, il fait très chaud en haut. Je suis devant une pancarte qui me dit : »Vallorcines :2h15 ». Là je sais que je ne vais pas tenir sans taxer des gars toutes les 10’. On change de versant : soudain, il n’y a plus de soleil, et il fait même très frais ; et là, miracle ou mirage : il y a un pointage avec de l’eau ! Le gars m’aide à faire l’appoint et je reprends, devinez quoi ? Un doliprane, car j’attaque la descente et j’ai horriblement mal. Descente en marche forcée jusqu’à Vallorcine : l’année dernière , je n’avais pas couru car ça glissait trop et on tombait tous comme des mouches ; cette année je ne cours pas non plus ; je reviendrai un jour pour la faire à fond, pour comparer mes temps avec ceux de JP, qui me mettra aujourd’hui au moins 1 h (mais je ne le savais pas).
Car en bas, Danye me dit que JP n’est pas passé ! Dans ma tête, je suis sûr qu’il dort à Trient. Mais où ? Chris prend mon sweat, car mon sac est blindé et il refait chaud. Je repars après un nouveau doliprane, en marchant à 7km/h, m’assure mon compagnon de route. Le Col des Montets me semble plat, je cours un peu dans la bascule vers Argentières. Mais après, qu’est-ce que c’est long ! Surtout qu’au Lavancher, je me crois à Cham ! Quand j’apprends qu’il reste encore 7 km, mon moral en prend un coup et je me mets à marcher beaucoup moins vite. Longue marche vers Chamonix. Le long de l’Arve, à 1 km de l’arrivée, un gars me dit : » Qu’est-ce que tu fous ? Je t’attends depuis 2heures ! » Arf ! Je ne suis plus 1° Maratouriste ! Et Danye doit changer ses verres de lunettes !.
Le passage dans Cham est long et chaud, mais je sprinte sur les 50 derniers mètres. A fond. C’est fini. Je dis à Martine que c’est la dernière fois ; mais je sais que c’est faux, je dis toujours ça quand je suis crevé. Martine m’accompagne jusqu’aux douches (à la porte seulement) où m’attend Danye avec mon sac de rechange (elle ne rentre pas non plus, va falloir que je fasse la toilette tout seul). Merci les filles d’avoir porté mes sacs. Douche brûlante, habits secs et sandales. Mais je n’ai pas envie de porter mes 4 sacs jusque dans le centre ; j’attends le passage des coureurs ; Christian arrive en courant et me dit que Philippe arrive avec Denis : génial, ils sont là tous les 2, dans les délais ; enfin, le temps qu’ils arrivent, je me tape 2 binouzes à l’hôtel Alpina, s’il vous plait. Ils arrivent ! Vite j’appelle Danye. J’ai envie de dormir et les 2 bières me saoûlent un peu ! Danye vient me chercher et porte encore mes sacs. On est tous réunis, c’est fini.

Epilogue : je suis heureux : une année de blessures, de kiné, de doutes ; et je finis la course, pour la 2° fois, sans Jean-Yves. Philippe a enfin fini son Utmb ! Denis aussi ! Pour JP, c’est une 1° bien réussie ; pour Didier et Chris, déjà finishers en 2005 ou 2006, il y aura des courses meilleures ; et Henri ? Il apprend l’ultra, c’est un long apprentissage, mais il réussira lui aussi car il a le potentiel (voir GR 73). Quant à la charmante Edith, elle a vite appris. Quelle joie collective quand on a su qu’elle avait fini sa course.

La déception : c’est que mon corps n’a pas supporté à nouveau cette course et que j’ai « bouffé » du médoc toute la course pour masquer la douleur. Merci à mes copains kinés qui m’ont remis sur pattes en une semaine, pour mon nouveau défi. Suite au prochain CR. Celui de Millau, meneur d'allure en 13h
steph28
 

Retourner vers Ultra trail

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum: Aucun utilisateur enregistré et 1 invité