CR MiL'KiL 2020

Modérateur: Equipe Comptes rendus

CR MiL'KiL 2020

Messagede stef le Mar 1 Déc 2020 23:35

Ca fait déjà 5 mois et demi, mieux vaut tard que jamais !
En ces temps humides et froids, voici enfin fini mon CR.




CR MiL’KiL 2020 – V1 (2020-11-29)

Voici un récit autour de cette nouvelle participation et cette nouvelle aventure. Récit pas forcément très structuré, mêlant anecdotes et sentiments, relatant les longues semaines de préparation, l’organisation, et cette folle semaine de course que nous avons vécue, à deux.

Le projet
C’est ma 4e participation sur la MiL’KiL. Les 3 précédents passages m’ont appris beaucoup :
2014 : J’abandonne sur blessure au km 576 après avoir souffert 300 km durant, d’une ampoule qui a dégénéré.
2015 : Je prends ma revanche, et finis assez bien, en 7j 22h 23 min 52s.
2018 : Je remets le couvert et souffre des pieds et des genoux, mauvaise gestion des chaussures, et finis en 8j 8h 9 min, en tentant de rattraper Dominique Bunel qui établira un nouveau record en 7j 20h 47 min.

C’est donc une alternance d’années qui se passent mal et d’années qui se passent bien, comme si après une année réussie je néglige certains aspects, et après une édition de souffrance je soigne la préparation et suis déterminé à prendre ma revanche.
Cette année 2020 est donc une année de revanche après celle de 2018 que j’ai mal gérée. Je connais beaucoup mieux les erreurs à ne pas commettre, tant mécaniques que logistiques ou alimentaires, sportives. J’intègre les difficultés et particularités de cette course et du parcours.
Et j’ai la motivation pour y arriver. S’il y a bien une chose que j’ai comprise pendant mes 25 ans de courses longue distance, c’est l’importance du mental.
En 1995, j’admettais mal le dicton « L’Ultra, c’est 80 % de mental et 20 % dans les jambes », je trouvais cela bien exagéré (tant j’avais mal aux jambes !).
Maintenant, je suis de plus en plus d’accord avec sa version parodiée « L’Ultra c’est 80 % de mental et 20 % dans la tête ».
En effet, si la volonté est là, l’entraînement, la préparation, la course, tout va être préparé pour la réussite.
La dernière MiL’KiL ?
JB, le chef d’orchestre de cette grande balade, nous met la pression en annonçant que c’est la dernière édition sur ce parcours mythique, dernière occasion de partir de la Manche pour rejoindre la Méditerranée, mais aussi… de reprendre le record de Dominique BUNEL.
Je consulte très rarement Facebook, mais pour le coup, je lis tous les matins les nouvelles publications de JB sur sa page, qui donnent une envie incroyable d’y aller. Chaque jour une présentation détaillée d’un concurrent, chaque jour une belle histoire de course longue.
Donc cette année, pas d’hésitation, je sais que je veux faire cette course, et la faire au mieux.
Comme pour les autres fois, j’ai plusieurs objectifs :
Le plus ambitieux d’entre eux était de passer sous les 7 jours, et, au passage, de passer sous les 3 jours au 500 km.
J’avais fait 3j 4h 39 min sur les 500km de la Mi’MiL en 2019, et là je me dis que je profiterais bien de l’événement pour passer cette barre des 3 jours sur 500 bornes. Me resterait ensuite à faire les 500 dernières en 4 jours, et ainsi passer sous les 7.
Autre objectif, reprendre le record, mais là, cela ne dépend pas que de moi, les autres concurrents sont là, et le plateau est relevé.
Enfin et plus simplement, je veux donner le meilleur de moi-même et ne pas finir trop fracassé.
J’ai compris au fil des années que pour réussir cette course, il faut un savant mélange des qualités suivantes :

- Pouvoir courir des heures à une certaine allure sans aucun essoufflement, et sans fatigue ressentie (dans mon cas environ 10 km/h)
- Pouvoir dormir peu, ou plutôt en d’autres termes : récupérer très vite lors des courtes pauses sommeil, et rester assez efficace malgré cette dette de sommeil (dans mon cas environ 3 à 4 heures par nuit)
- Savoir vivre avec des petites blessures et savoir les soigner vite et dans la durée
- Anticiper, gérer, limiter, soigner les ampoules, toutes les ampoules, les petites, les grosses, les répétitives, les passagères, les invisibles, les fines, les épaisses, les sournoises qui font mal alors qu’elles n’existaient pas. Bref un point essentiel, et que je peux encore améliorer.
- Se protéger du soleil, du froid et du chaud
- Être déterminé
- Pouvoir manger, bouffer, et manger encore après
- Ne jamais perdre de temps
- Ne pas se tromper de parcours (là j’ai encore un peu de progrès à faire)
- Avoir un suiveur à l’écoute, assistant ni trop ni trop peu, anticipant ce que le coureur n’a pas anticipé, ayant le même objectif que lui.

Les autres années sur la MiL’KiL, c’étaient des copains de course qui m’avaient suivi/supporté/assisté, en fourgon ou en camping-car.
Mais cette année, et à l’identique de l’année dernière 2019 sur la Mi’MiL, c’est à deux, Sophie mon épouse et moi, que nous allons traverser la France.
Et comme l’année dernière, on veut faire simple (et efficace), en voiture, et en réservant des chambres d’hôtes ou des hôtels en cours de route suivant l’avancement. Une différence quand même, on a troqué la Volkswagen Polo pour une Peugeot 5008.
Notre organisation restera la même, Sophie assurera ses nuits complètes sous un toit, et je m’organiserai la nuit en emportant ce qu’il me faudra dans un sac à dos. Et à l’exception de la première nuit que je passe entièrement sur la route, je dormirai dans un vrai lit, pas longtemps, mais profondément.


La préparation
Ma préparation va commencer en janvier.
Mon premier plan : perdre 4 kg en 4 mois, pour arriver à ce que j’estime mon poids de forme à 59.5 kg, que je n’avais plus atteint depuis 2003 (mon année Spart’).
Perdre du poids, c’est alléger les jambes, c’est aussi stimuler le fonctionnement de la lipolyse permettant d’avancer même quand l’estomac est en vrac.
4 kg en moins, c’est aussi 5 ou 6 kg de gras en moins, car avec l’entrainement, je sais que je vais prendre des kg de muscle. C’est donc un plan assez ambitieux que je n’avais pas mené depuis bien longtemps.
Un plan à caser entre la famille, et le travail.
Et un plan à caser dans un contexte qui va vite devenir compliqué avec l’épidémie de coronavirus.
Par un heureux hasard, je m’équipe en février d’un tapis de course. Passant de belles vacances à la montagne début février, un tapis de course était à disposition des locataires. Je m’y essaie, et y trouve un intérêt certain. Surtout qu’à ce moment, il pleuvait tous les jours, et je revenais transi de froid à chaque entrainement nocturne.
A notre retour, je commande un tapis d’assez bonne facture, que je reçois assez vite. Je commence de nombreuses séances dessus, sans pluie !
Quelques semaines plus tard, et l’interdiction de sortir avec le confinement, je me rends compte de la chance que j’ai de pouvoir tartiner sans rendre de compte à personne.
Je ne m’estime pas non plus « confiné ». Je deviens le seul à devoir aller au bureau (les autres en télétravail), je profite de cela pour y aller … en courant, soit 10 bornes aller, et 10 bornes retour. A cela j’ajoute l’heure autorisée en tant que coureur, j’ai déjà 30 bornes par jour « dehors ».
Côté entrainement, j’augmente progressivement mon kilométrage, environ 30 km par jour en mars et avril, 35 km par jour en mai. Rarement cette distance d’un coup, mais plutôt cumulée dans la journée, en fonction de mes disponibilités. Et plus j’en fais et moins c’est difficile. Début juin, j’accumule 40 km tous les jours, je cours comme je marche, pas très vite (9.5 à 10.5 km/h), mais sans réelle fatigue. Mentalement je me suis conditionné en « Mode piéton » et tout transport motorisé est comme anormal.
Pour faciliter ma perte de poids, je ne prends plus de petit-déjeuner, ou juste un fruit et un café. Le midi des épinards pour commencer. Par contre le soir, je suis moins restrictif. Et la bière n’est jamais loin. Avec tout ça, je maigris comme prévu, j’atteins mon objectif de 59.5 kg début juin.

Mais que cette période aura été difficile personnellement.
Au mois de mars, j’ai l’oreille interne, qui gère l’équilibre, qui se fait attaquer par un virus. Vertiges terribles les premiers jours, et l’impression d’un tremblement de terre en courant, les 2 à 3 semaines qui ont suivi. On me dit que ça va se remettre tout seul, mais je crains d’avoir encore des vertiges le 14 juin, jour du départ. (Début juin je n’aurai plus que quelques traces en tournant la tête rapidement).
En avril, la CoViD 19 qui emporte mon père, si vite, si brutalement. Tout la suite sera bien différente. Chaque action me renvoie à des souvenirs. Je pense à lui, lui qui allait toujours de l’avant, au bout des choses sans jamais se renier. Il m’avait suivi en vélo lors de mon premier 100 km à Cléder en 1995.
Cette saloperie de CoViD, on ne parle que de ça. On ne sait toujours pas, à un mois du départ, si la course aura lieu à la date prévue, ou décalée, ou même pire, si on aura la liberté de traverser tous les départements.
Du coup, pas vraiment de plan concernant notre organisation. Qui me suivra ? Rien encore de prévu, je préfère déjà savoir si cette fichue limitation de déplacement au-delà de 100 km va sauter.
JB gère au mieux cette inconnue. Il n’annule rien, élabore juste des plans B, calmement.
Début mai, quelques espoirs, on se dit que par miracle, on va apprendre qu’on aura le droit de circuler librement début juin ?
Et BINGO !!!, ce 28 mai on apprend que la limitation des 100 km sera levée le 2 juin !
Quelle libération d’apprendre que nous pourrons bien partir ce 14 juin.
Je me dis que j’aurai fait l’une des dernières courses pré-confinement (les 100 km de la Patat’Off à Vesoul) et l’une des premières post-confinement.
Après tous ces événements, l’envie, la volonté, la détermination sont au maximum.

Derniers Préparatifs
Nous voici fin mai, et maintenant que la course est confirmée, il va falloir organiser toute la logistique au plus vite.
Je prépare toutes mes boites plastiques que j’empile à la maison, prêtes à partir :
- 1 boite pour les soins (pansements, NOK, crème solaire, stick à lèvre, désinfectants, bandes de compression, pansements hydrocolloïdes, etc.)
- 1 boite pour les bricolages de chaussure (agrafeuse, cutters, pinces coupantes, ciseaux, etc.)
- 3 boites de Coca et boisson Décathlon
- 3 boites de barres de céréales et autres alimentation rapide
- 1 boite « optique » (lentilles de contact, 3 paires de lunettes de soleil, lampes frontales et clignotants rouges)
- 1 boite technique avec tous les chargeurs et batteries portables
- 1 boite de chaussettes et sous-vêtements non frottant
- 1 boite t-shirt adaptés, des coupe-vent et autres gilets jaunes
- 4 paires de running, et des dizaines de semelles qui pourront me servir pour des ajustements
- 1 boites de sac à dos légers et Camelbak pour la nuit (2 en tout)
- 1 boite « popote » avec le réchaud, les assiettes et les couverts
- Des sacs d’alimentation
- Des packs de St-Yorre
- La table pliante et les tabourets
- La glacière électrique
- Les sacs de couchage en cas de besoin
Ce sont de très bons moments, de préparer tout cela, se projeter dans ce qui va arriver. Sophie participe et organise aussi tous les à-côtés, faire garder toute la petite famille, la logistique.

La veille du départ
Ce samedi 13 juin, nous partons pour Rennes déposer nos enfants chez leur grand-mère, et prenons la route pour St-Malo.
Arrivés sur le parking de l’hôtel Ibis, nous retrouvons tous les habitués, plus revus depuis l’an passé. Chacun a le sourire, échange, rigole. Je me dis qu’on rigolera moins dès demain.
Dominique Bunel, recordman de l’épreuve est là pour nous rencontrer. Nous échangeons avec plaisir.
Et tout le monde parle MiL’KiL, quoi de plus étonnant.
Sophie et moi avons réservé, pour cette dernière nuit calme, un très bel hôtel à 200 mètres du départ.
Nous passons une très belle soirée, balade sur la plage, sur les quais, crêpes et coucher de soleil. On passe du bon temps, mais j’ai beaucoup d’appréhension. Je sais que dans quelques heures je serai dedans, et que je ne m’arrêterai pas. Même pendant les arrêts sommeil je resterai concentré, déterminé.
J’espère alors ne pas avoir de blessure trop pénalisantes, ni trop douloureuses. Et supporter de passer des journées de 20 ou 21 heures sur la route. La barre est plus haute que les autres fois où je me fixais des journées de 19 heures. Ça va être long, très long.
J’espère aussi que Sophie ne regrettera pas cette semaine à venir.
Toutes ces inquiétudes et un départ dans quelques heures, vivement qu’on y aille.
Je me refais dans la tête le programme des 2 premiers jours : je compte partir relativement rapidement, comme l’an dernier sur la Mi’MiL. J’avais couru d’une traite jusqu’au km 335, en y arrivant vers 0h30 le lundi soir. Bien sûr j’y arrive assez fatigué, mais ça me lance sur la course. Et je ne le paie pas trop les jours suivants. Peut-être aurais-je la même efficacité kilométrique en partant plus doucement, mais j’en doute. Et puis c’est toujours la même certitude pour moi : en partant doucement je finis doucement. Alors qu’en partant vite, soit je suis en forme et alors c’est un bon chrono au bout, soit je ne suis pas bien et alors je n’ai qu’à ralentir. Mais les km faits au début ne sont jamais perdus.
Donc ici, programme similaire, faire 42 heures d’affilée, et arriver vers minuit le lundi soir, au moins au km 325, et idéalement à Châtellerault au km 354. Je me dis que ces 300 premiers km sont plus faciles que ceux de la Mi’MiL et que c’est faisable.
On éteint la lumière relativement tôt, je dors bien.
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Re: CR MiL'KiL 2020

Messagede stef le Mar 1 Déc 2020 23:38

Jour 1 et 2
Dimanche matin, le réveil sonne 1 heure avant le départ, je laisse dormir Sophie qui me souhaite un bon jogging !
Petit-déjeuner à l’hôtel avec Philippe Grizard et Christophe Hillaire. Tous deux en solo, remplissent leur sac à dos. Je profite d’un dernier moment calme.
Le temps est idéal, les dernières retrouvailles entre collègues, les regards intenses qui en disent long sur ce que nous allons vivre.
Je pense à mon père que je ne peux plus appeler. Je pense également à Manu Izquierdo disparu il y a quelques mois, qui était devenu si vite un nouveau copain de course, dans toutes ses dimensions, et qui aurait certainement été là avec nous.
6h30, le départ est lancé, je sais que je pars pour environ 42 heures de course de rang sans dormir. Ça va être long.
Je me concentre sur mon premier objectif, le km 100 à faire idéalement en 9h30, pour viser le 2e objectif, celui du passage aux 24h, où je prévois 215 à 220 km.
Sophie me retrouve au km 29. Ca y est c’est lancé. On espace ensuite nos ravitos tous les 10 à 12 km.
Je rencontre beaucoup de monde sur la route. Du moins c’est le souvenir que j’en garde, car la route est si longue que je suis finalement presque toujours seul.
Mais que de bons souvenirs. Dominique Bunel qui nous suit les 40 premiers kilomètres, et qui nous encourage.
Je cours avec les copains que je n’ai pas vu depuis trop longtemps. Je laisse partir devant Rémi et David, il vont trop vite pour moi, et me doute que je les rattraperai plus tard. Je cours un moment avec Alexandre, Mister MiL’KiL, toujours présent, et toujours assuré d’aller jusqu’au bout.
Kéké Domi et kékée Lydie viennent nous souhaiter bonne chance. (« Les kékés du bocage » est une association de coureurs, qui promeut la course, la convivialité, le partage et l’amitié).
Le Mont Saint-Michel, km 60 qui va marquer le départ vers le sud. A Saint-James, km 80, je rencontre des coureurs du club où courait Loïc Lebon, qui venait de nous quitter accidentellement. De quoi réfléchir à notre condition, et aussi apprécier ces moments de vie intense. Loïc m’avait donné des conseils lors de mes tout premiers 100 km, il y a plus de 20 ans.
Huguette, infatigable admiratrice de la course, que je verrai du début jusqu’à Fougères km 100.
Je passe ce km 100 en bon état, pas de releveur plus sensible que ça, pas d’alerte au niveau ampoules.
100 km : 9h30. Soit mon meilleur temps, le même qu’en 2014.

La météo n’est pas très bonne, des passages pluvieux qui nous rincent, mais au moins on n’a pas trop chaud.
Pas très agréable mais sûrement bénéfique pour le chrono.

Le prochain objectif c’est celui des 24h, mais avant ça il faut préparer la soirée et la nuit qui va arriver.
Pour cette première nuit du dimanche au lundi, j’avais réservé le premier arrêt pour Sophie assez loin, vers le km 238, dans une chambre d’hôte, après la Loire. J’aurais préféré réserver un peu avant, vers le 220, mais je n’ai rien trouvé de bien.
Km 238, ça veut dire, pour que Sophie y soit au maximum vers 22h, qu’elle me quitte vers 20h, et me laisser tourner toute la nuit, seul. Ce sera donc à Vitré, km 130 qu’on décida de se dire au revoir, après avoir mangé deux bonnes crêpes et une bonne bière dans une crêperie typique de la vieille ville.
100 km à faire tout seul, c’est un peu plus que les 80 qu’on avait fait l’an passé sur la Mi’MiL. Mais le principe restera le même : Je prends mon petit sac à dos à poches, bien rempli de liquide et de barres de céréales. La frontale chargée, de quoi recharger mon téléphone portable également avec une petite batterie portable. Et Sophie me laisse des sacs tous les 20 à 25 km environ, posés au sol sur les panneaux d’entrée des villes. Donc à Gastines (km 152), Craon (km 169), Marans (km 195), la Loire (km 227). Elle m’envoie par MMS une photo de là où est le sac.
Parfait pour moi, je les ai tous retrouvés et la nuit, bien que longue et froide, se passe assez bien. Mes mois d’entrainement et mes kilos en moins portent leurs fruits, je me sens endurant dans la tête et dans les jambes. Je pense que ce jour-là, sur circuit et sans vent, j’aurais pu battre mon record sur 24h (235,6 km) et passer les 240.
A 1h30, dans les longues lignes droites de Mayenne, alors que tout le monde dort, une voiture me fait des appels de phare, puis revient vers moi et s’arrête. Gilles, un fan de MiL’KiL qui suivait la course sur le site ! Ça c’est vraiment magique. Tellement insolite. On court quelques centaines de mètres ensemble, on parle stratégie de course. Il prend mon numéro, et m’encouragera ensuite à distance jusqu’à Sète !
Ma Maman qui m’envoie des messages jusque très tard, elle qui ne voulait plus que je participe et qui maintenant suit la course jour et nuit comme une groupie.
La nuit avance et je prévois de passer vers le km 218 aux 24h. Mais au lever du soleil je décide de faire 3 petites siestes de 10 minutes pour casser l’envie de dormir pour cette nouvelle journée du lundi. 3 fois 10 minutes c’est plus efficace qu’une fois 30 minutes, et ça m’évite d’avoir trop froid.
Du coup, je passe aux 24h à 214km à ma montre (212km sur le suivi à cause d’une bifurcation non comptée sur la trace).
Les retrouvailles avec Sophie se font vers le km 233, après la Loire. Ça fait vraiment plaisir ! Sur ces courses où le temps est si long et souvent si difficile, ces moments agréables restent gravés dans la mémoire.
J’avance un peu moins vite que prévu. On se dit qu’il faudra trouver un point de chute pour ce lundi soir vers le km 330 un peu après Monts-sur-Guesnes (et non pas Châtellerault km 354, trop loin). Je comprends aussi que je ne serai pas au km 500 sous les 3 jours.
Je commence à ressentir cette lente fatigue, cette lente et longue lassitude, ces faibles douleurs. Je l’avais oublié, mais il est bien là, c’est le rythme de la MiL’KiL. Jamais trop dur, mais toujours un peu. Je me redis fermement que c’est forcément la dernière fois que je suis là !
J’appelle le bureau pour prendre des nouvelles. Je ne couperai pas le contact pendant toute cette semaine. Courriels, messages, coups de fil, du bureau mais aussi de fournisseurs, clients, qui suivent à distance et qui découvrent et cherchent à comprendre cette aventure.
Et voilà que j’arrive sur la pire portion, celle des camions : Doué-la Fontaine (km 275) – Loudun (km 305) au pire moment de la circulation, c’est la fin d’après-midi. Et des averses régulières qui trempent la chaussée. Les autres années, j’étais passé la nuit et je n’avais pas été trop gêné.
Ici c’est vraiment chaud. Des camions dans les deux sens, en quasi discontinu. Je trouve incroyable qu’il n’y ait pas un panneau d’avertissement de danger pour les cyclistes qui s’aventurent sur cette route. A pied, c’est chaud, mais en étant vigilant ça passe quand même. Je me déporte sur le bas-côté à chaque passage de véhicule en face. Je ressens moins le manque de sommeil, je suis sur mes gardes. Avec la chaussée détrempée, c’est vague submersion à chaque passage de camion.
Sophie s’inquiète pour moi et m’appelle souvent. Les kilomètres sont plus longs qu’ailleurs.
Elle me prend des frites dans la baraque du km 282. Je les dévore avec plaisir en m’accordant une pause dans la voiture.
C’est aussi là qu’on fixe le lieu d’arrêt pour le soir. Châtellerault (km 354) est vraiment beaucoup trop loin. J’avais repéré des chambres d’hôtes un peu après Monts-sur-Guesnes, Sophie les appelle et on s’arrêtera donc au km 330. A moi d’y arriver le moins tard possible.
Au bout de cet enfer, juste avant Loudun, kéké Jean Taris, MiL’Killer aussi, nous attendait avec son épouse. Une bien belle surprise, un tranche de rigolade, et nous voilà repartis, Loudun traversé rapidement. La soirée à passer, arriver le moins tard possible, je me concentre pour finir cette première tirée et pense déjà au lendemain. Je prévois de ne dormir que 4h maxi. Je prends du sel pour pouvoir bien me réhydrater et bien dormir.
Arrivée au km 330 à 0h30.
Une très grande maison, je fais attention de ne réveiller personne.
Sophie m’attend, je me sens pas trop mal, alors qu’en fait, je me suis faible et en train de partir. J’ai souvent ça à l’arrivée des courses, sur des 200 km ou des 24 h, la tension artérielle qui baisse trop fort, et il ne suffit plus de mettre les jambes en hauteur pour tenir.
Je pensais avoir pris suffisamment de sel pour éviter ça mais là, quand je me prépare à prendre ma douche, la tête me tourne, puis rapidement, plus rien, par terre, plus de son plus d’image. Apparemment 30 secondes m’a dit Sophie. Elle, très inquiète, moi beaucoup moins même si ces 30 secondes sont difficiles avec un feu d’artifice dans la tête. Je refais surface, prends du sel, me réhydrate et direction au lit, ça va mieux. Je sais par expérience que les jours suivants mon organisme se sera habitué et je n’aurai plus ces problèmes de tension. Je ne dors pas bien, mais je récupère.
Mais du coup, pas de douche. Et la première douche interviendra bien plus loin…….. au km 705 à Aurillac !
Pour éviter de salir les lits, je dors tout habillé déjà préparé pour le lendemain, et en mettant des serviettes sur le drap. Car non seulement je ne suis pas très propre, mais la nuit je sue beaucoup, comme si le corps lâchait prise, faisait tomber la fièvre, probablement due aux inflammations.


Jour 3
km 330, ça repart.
Réveil à 4h40.
Je suis sur la route à 5h00.
Ça va beaucoup mieux que cette nuit en arrivant ! Je prends rapidement mon petit-déj dans la grande salle en bas, le sac à dos, et je file. L’objectif de la journée est d’arriver vers St-Sulpice-Les-Feuilles au km 455.
Sophie m’appelle quelques heures plus tard, elle est inquiète après mon malaise de la veille. Quand je lui dis que ça va bien et que j’ai déjà fait une trentaine de km, elle n’est pas vraiment rassurée.
Elle me rejoint peu après, je lui montre que tout va, disons pas trop mal.
Elle me dira un peu plus tard « on est dans un truc de dingue, je sais pas comment tu fais ».
En début d’après-midi, Fabrice Puaud (collectionneur de 24 h) nous fait le plaisir de nous retrouver. Il était venu courir toute l’après-midi avec moi. On cause, on bavarde (il est champion dans le domaine !) et nous voilà partis sur la mauvaise route, partis à gauche au lieu de tourner à droite, à Angles-sur-l’Anglin si je me souviens bien… une bonne demi-heure de perdue. Je suis super énervé sur le moment, surtout que je voyais Annie et Louis me grignoter mon avance. Et ce temps perdu ne se rattrape jamais, je sais que j’arriverai tard le soir, repartirai plus tard demain. Après, c’est de ma faute, les flèches sont bien visibles.
Je stresse aussi pour savoir où on dort le soir. Rien autour de St-Sulpice km 455. Avant il y a des chambres d’hôtes vers Chaillac km 437 mais c’est pas assez loin. Et après c’est la Souterraine, km 470, c’est trop loin.
A ce moment mon ami Patrick m’appelle (comme presque tous les jours). Je lui fais part de mon inquiétude pour le soir. Il me rappelle 30 minutes plus tard et m’annonce « J’arrive ».
Mais Patrick habite en Sarthe !
Quelques heures plus tard, Patrick est là, en fourgon 9 places, tout est prêt pour pouvoir dormir dedans.

Patrick est un passionné de sport, passionné de course, et de tactique. Il est lui-même MiL’Killer depuis 2014. Nous nous étions rencontrés la première fois en Grèce, au Spart’ en 2003, nous avions couru un bon moment ensemble et avons terminé très proches. Avec son épouse et Sophie nous avions sympathisé tous les quatre.
Nous passons Lignac, haut-lieu de la MiL’KiL car ancienne base de vie, km 431. Cette année la base de vie est un peu plus loin, km 437 à Chaillac.
Une petite pause bien méritée. Je mesure aussi mon avance par rapport à 2018, il était minuit passé, alors qu’il est ici 20h30.
Sophie reste dormir à Chaillac, et nous poursuivons.
Dans la nuit vers St-Sulpice, JB et Xav ne sont pas encore passés flécher, j’ai un doute sur un chemin, la trace sur le téléphone me dit bien d’aller tout droit, passage de cailloux et herbes hautes, je ne me souviens vraiment plus d’être jamais passé là. 1 km plus loin, arrivé au bout de ce chemin, Xav et JB nous ont rejoint. Et Xav qui me demande d’un air coquin pourquoi je suis passé par là ! Bah c’était sur la trace GPX ! Ah bah oui dit-il, on n’avait jamais vu l’erreur !
Enfin arrivés à St-Sulpice les Feuilles, km 455, il est 1h00 du matin.
Quelques minutes plus tard je suis dans un sac de couchage dans le fourgon de Patrick, on éteint.


Jour 4
Réveil 4h45 – km 455
Dormant dans le fourgon et à deux pas du parcours, pas de temps perdu au réveil.
Dès que le réveil sonne, le petit déj enfourné en 5 minutes, et me voilà parti.
Il est 4h50. Direction la Souterraine.
Patrick est toujours aux petits soins, il me suit pas trop loin derrière, il n’a pas le tracé avec lui, et JB et Xav ne sont pas encore passés flécher. Pour ma part j’ai la trace sur le tél, et je sais que c’est tout droit pendant 15 km.
Cela dit, je me demande à la Bussière-Madeleine s’il faut passer à droite pour faire un crochet qui s’éloigne de la départementale ; c’était le tracé de la Mi’MiL. Dans le doute je le prends, ça me rallonge de 1 km environ, JB me dira plus tard que j’aurais dû filer tout droit.
Sophie nous retrouve et prend le relais de Patrick.
On passe le km 500, et chose amusante, en exactement le même temps que l’an dernier sur la Mi’MiL : 3 jours 4 heures et 45 min.
km 515, on passe Bourganeuf, et j’engloutis un énorme kebab frites que Sophie m’a acheté en centre-ville. J’ai tellement faim que je le digère très vite. 2 heures plus tard je reprends le sucré.
Nous traversons le Limousin, et le lac de Vassivière. Je crois que c’est ma portion préférée, avec le Cantal.
Nous réservons une chambre d’hôte au km 582.
La journée s’est donc plutôt bien passée, et le soir le sera beaucoup moins. C’est souvent ça en longues distance, on alterne l’euphorie et le désespoir.
Il fait de nouveau très froid.
Sophie part devant s’installer dans notre point de chute. J’avance dans la pluie fine, avec un vent léger mais de face. Je suis mort de froid, je n’arrive plus à courir, je marche, j’ai encore plus froid.
Je sais que la chambre d’hôte n’est pas exactement sur le parcours, je n’arrive pas à joindre Sophie, et mon téléphone s’éteint, plus de batterie. La galère.
Sophie finit par venir me voir en pleine nuit, heureusement. Elle me dit de faire gaffe, il y a des chiens à l’entrée du hameau. Pas le meilleur souvenir cet endroit. Je suis bien content d’arriver mais vidé. Du coup, pas de douche ! Je me couche vite.
On est un peu avant Meymac, km 582. Il est 0h35.

Jour 5
Réveil 4h30 – km 582.
Comme chaque jour, je prends mon sac à dos, et je trace.
Il est 4h45, je fais gaffe aux chiens, et je reprends ma route, vers le sud, vers le soleil, vers la mer, vers la singularité finale qui est ce panoramique sur le mont St-Clair.
Objectif : arriver le soir à Aurillac au km 705. Soit 122 km, un peu moins que les jours précédents, mais j’avance aussi moins vite. Je marche plus que je ne cours désormais.
Une douleur dans la cuisse survient alors que je tente un soupçon de début d’étirement. Peut-être quelques fibres musculaires déchirées. J’espère que cela ne va pas dégénérer. Je mets un bandage autour, assez serré pour fixer les fibres.
Je décompte aussi les jours, vivement qu’on arrive.
On traverse le Cantal, les paysages sont grandioses.
Je n’avance pas aussi vite que je le voudrais. On passe le col du Légal, difficile d’aller vite.
Le soir arrive, et je sais que je vais encore avoir très froid.
Je mets un deuxième t-shirt épais, un coupe-vent avec capuche, des gants. Malgré ça je crève de froid. On est sur les hauteurs d’Aurillac sur la route des Crêtes. Je n’ai qu’une hâte, qu’on descende vers Aurillac. Et c’est interminable.
Comme souvent le soir JB m’appelle, prend des nouvelles, et je lui indique mon programme pour le lendemain.
J’ai froid, j’ai froid, j’écoute de la musique, des podcasts, la radio. La météo parle de 5 à 7 °C, j’ai l’impression qu’il gèle.
Sophie est partie devant à l’hôtel que nous avons trouvé sur le bord du parcours.
J’arrive très tard à Aurillac, km 705, il est 1h45.
Je me réchauffe, et…. c’est décidé…. : je prends ma première douche ! Elle était bien utile celle-là !
Coucher vers 2h30, la nuit est courte, car je veux repartir assez tôt.
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Re: CR MiL'KiL 2020

Messagede stef le Mar 1 Déc 2020 23:42

Jour 6
Réveil 5h00 – km 705.
5h15 je suis sur la route.
Parmi les quelques règles que je m’étais fixées pendant la préparation, il y avait celle de ne pas trop dépasser l’heure de minuit pour les fins de journée (sachant qu’il y avait aussi la règle de partir vers 3h00). Je sais qu’il est inutile de forcer après une heure où le corps n’en veut plus. C’est pénible, on n’avance pas, du coup on rogne sur la récup qui permet de partir tôt le lendemain, c’est pas bon. Mais je n’ai pas réussi à appliquer cette règle. Chaque jour, après avoir calculé puis fixé l’endroit d’arrêt (hôtel ou chambre d’hôte), il y a toujours eu des dérapages horaires (petites blessures à soigner, erreurs de parcours, pauses plus longues que prévu, etc). L’arrivée d’hier à Aurillac était vraiment trop tardive.
Ce soir je veux me recaler, arriver en fin de soirée à la tombée du jour et pouvoir repartir tôt ensuite.
Ce sera donc une journée moins kilométrique.
On trouve une chambre d’hôtes sur le parcours au km 811. Soit 105 km à faire dans la journée.

Côté mécanique, ma blessure à la cuisse disparaît peu à peu. J’ai bien fait de mettre ce bandage serré. Les ampoules gênantes du début s’estompent aussi. Par contre viennent les sournoises qui sont sous la corne dans les talons. Et ça c’est à cause de la marche que je pratique maintenant plus de la moitié du temps. J’ai aussi bien mal aux genoux et hanches lors des arrêts. Heureusement dès que je repars, ça peut aller.
Je commence à imaginer quand j’arriverai à Sète. Je pense de plus en plus probable que ni Annie, ni Louis, ni Rémi ne me rattraperont. Mais je ne lâche pas l’effort, jamais. Je vais moins vite qu’eux la journée, mais je reprends mon avance le soir quand ils s’arrêtent.
J’aime beaucoup le parcours à cet endroit. Le long du Dourdou, c’est plat, ombragé. On traverse les villages. Vient Rodez, compliqué à passer, mais c’est aussi un repère, celui du km 800. Comme 80% de fait.
Le soir tombe, Sophie part devant, je lui dis que je compte arriver à 22h30, et ce sera exactement ça.
On est au pont de la Capelle Viaur, km 811 à 22h30.
Le gîte est super grand (il est pour 6 personnes !), je me réchauffe, prends même le temps de sortir le PC et de regarder la télé quelques minutes. C’est aussi super de partager quelques moments avec Sophie et se coucher à la même heure. Et autre grand événement, je prends ma 2e et dernière douche !


Jour 7
Réveil 3h15 – km 811.
3h30 je suis sur la route.
La fin se dessine. Je me demande si je fais les 189 km d’une traite ou pas. Mais une chose semble sûre, ça me fera pas arriver vraiment plus tôt que si je m’arrête la nuit suivante, la barre des 7 jours est impossible à passer, je n’avance plus assez vite. Donc on s’arrêtera encore ce soir. Et le bon endroit semble Lodève au km 930. Soit 119 km à parcourir, en arrivant le moins tard possible.
Comme les jours précédents, je fais 1, 2 et même 3 petites siestes de 10 minutes le matin. Suffisant pour me remettre les yeux dans la même direction et pas trop coûteux en temps. Je trouve plus efficace de faire 3 fois 10 minutes que 1 fois 30 minutes. Ne serait-ce que parce que ça permet de mieux jauger la quantité de sommeil nécessaire. Ma règle est en fait « je fais autant de micro-siestes que nécessaire ». Je me mets sur le bord de la route, après avoir trouvé un espace sous un arbre avec une petite déclivité, je mets le minuteur sur le téléphone pour ne pas louper le réveil et je sombre. Entre 8 et 12 minutes suivant le ressenti.
J’aime bien les paysages aveyronnais. Route plutôt large, peu de circulation, c’est très vert.
C’est là que Gilles Bertrand nous attendait sur le bord du parcours.
Gilles est un photographe et journaliste sportif, passionné d’aventures comme celle-là.
Quelle belle rencontre. Il nous suivra Sophie et moi pendant plusieurs heures, à nous tirer le portrait sous tous les angles.
Il rédigera ce magnifique article qui décrit si bien l’esprit de cette course, de cette aventure, de cette course-aventure :
https://www.liveaveyron.com/2020/06/22/milkil-on-va-se-la-faire-cette-biere/
L’après-midi est longue, j’apprécie moins le sud Aveyron, ces villages abandonnés. Peut-être aussi que je suis bien vidé. Je sais que la route est encore longue jusque Lodève.
Le soir Sophie part à l’hôtel, j’en ai encore pour 3 heures. Je marche, et pas très vite (5.5 à 6 km/h).
Dans la descente vers Lodève, qui est bien pentue, je cours par moments. Ma montre m’indique 6.5 km/h, 7 au maximum. Je pense qu’elle ne marche plus. Courir à 6.5 km/h en descente, je n’aurais jamais pensé cela possible, et c’est bien ce que je faisais !
Bref, je me traîne et j’arrive à Lodève à minuit pile.
km 930, 0h00.
L’hôtel est à 200 mètres.
Je dors tout habillé, et vivement demain.


Jour 8 (le dernier !)
3h20 je suis sur la route.
Je suis déjà habillé, je mange rapidement, prends mon petit sac à dos, allume la frontale et je sors de l’hôtel. Je rejoins le parcours au bout de 100 mètres.
Il est 3 heures du mat’, j’ai mal, j’ai froid. Je vais attendre avec impatience le lever du soleil.
Je reconnais les derniers km de la Mi’MiL (course de 500 km), dont l’arrivée se situe 2 km après la ville de Lodève.
Personne à cette heure. La nuit noire, et les étoiles.
Je sais que je vais arriver en tête, je sais que j’ai réussi ce que je voulais. Par contre, les moins de 7 jours, ce sera pour une autre fois. Je pense maintenant à mon heure d’arrivée à Sète, ce qu’on va faire ensuite. Plage ? Rester sur le Mont St-Clair ? Aller sur le vieux port ? Bière canette ou bière bouteille ? Quel hôtel aura trouvé Sophie ?
Je me dis que 7 jours 9 heures, ça fera mieux que 7 jours 10 heures. Donc mon objectif se cale sur une heure d’arrivée avant 16h30. Ça va être long. Je marche à peine plus vite que 6 kph, je sors mon téléphone et regarde mes mails, lis les infos. Pas facile de consulter son téléphone la nuit, les yeux éblouis ne voient pas bien les bords de la chaussée à gauche et à droite. Je fais attention à ne pas flancher dans le fossé. Et c’est là que je prends une petite route sur la droite, sans voir la flèche sur la gauche. En plus ça monte. Au bout d’un petit km, et d’un petit croisement, plus de flèches, je consulte la trace sur mon téléphone et me rends compte de mon erreur. Rraaaahhh que ça m’énerve. Bien 20 minutes de perdues, encore. Au moins cela m’a bien réveillé.
Reste environ 70 km à faire.
C’est peu par rapport à tout ce qui a été fait. C’est aussi énorme, quand on y pense (et mon erreur a été d’y penser !). Car c’est un peu comme : habitant Paris, ayant un rendez-vous à Beauvais, étant blessé des pieds et de tous les tendons des jambes, qui aurait l’idée saugrenue de se dire : « Tiens, bah, je vais aller à mon rendez-vous à pied » ?
M’étant mis cette comparaison en tête, c’est vraiment dur de me motiver.
Passage au lac du Salagou, c’est humide, il fait vraiment froid. Je me dis que ce sont les derniers moments où je me gèle. Le soleil n’est pas encore levé, mais on commence à voir clair. Je me pose pour une, puis 2 siestes de 8 minutes (j’ai réduit le temps habituel de 10 à 12 minutes, il fait trop froid).
Je me pose une 3e fois pour encore 8 minutes. De plus en plus difficile de repartir, comme s’il fallait que je réemboîte mes fémurs dans mon bassin à chaque fois que je me relève.
En me levant ce matin-là, je devais avoir les idées vraiment confuses, car Sophie m’avait bien dit la veille « Je te laisse ton sac prêt à prendre, il est vide, je te mets autour tout ce que tu veux prendre ». Ce à quoi je lui avais bien dit « oui oui j’ai compris ». Et ça n’a pas raté, j’ai pris le sac, oui, mais sans le remplir. C’est vrai que je le trouvais un peu léger. Heureusement qu’il me restait de la veille quelques barres de céréales et un fond de bouteille pour boire, mais ça fait peu. Au petit matin, j’ai trouvé une boulangerie sur le parcours, j’ai dévoré 4 pains au chocolat à la suite… tout en ayant faim peu après.
Sophie me rejoint vers 9 heures, vers Brignac km 958. Elle est plus paniquée que moi à cause de cet oubli, et je la rassure, j’avance quand même ! Je pense qu’après ces journées, l’organisme sait s’adapter et attendre la nourriture.
Je commence à reprendre le moral et la motivation, je trottine avec moins de douleurs. Même s’il reste encore un marathon, je me sens arriver.
Un peu avant Canet km 960, j’ai l’immense surprise de voir Laurent, un collègue de travail habitant en Belgique. Il était dans le sud de la France pour la semaine, et me guettait sur le bord de la route. Quelle émotion.
La « bande à JB » m’attend à Canet au bord d’un bistrot pour me tendre un café allongé et prendre quelques photos.
Les villes passent, les km aussi, je me concentre sur mon 7 jours 9 heures. Plus besoin de petite sieste.
Moi qui aime bien les phénomènes météo ou astronomiques, je vois dans le ciel des nuages lenticulaires, comme des soucoupes superposées. C’est très rare et particulièrement beau à voir.
km 990, dernier ravito, JB et son équipe sont également là. Photos, rigolades, relâchement, et préparatifs pour l’arrivée. Grosse question : quel T-shirt choisir ? Il n’en reste plus beaucoup de propres. On en trouve un 1000 km vert, à la bonne taille, il est propre, c’est celui-là qui m’habillera pour le finish.
Sur le petit port de pêche, avant la partie touristique, on passe devant les terrasses. Quelqu’un me regarde avec intérêt, je le fixe également, et il me dit : « c’est la MiL’KiL ? ». On discute 2 minutes. C’est insolite, et ça fait un immense plaisir.
Mon téléphone me signale des SMS et des notifs WhatsApp en pagaille. J’en lis certains. Quoi de plus agréable dans la vie d’un sportif amateur ?
Je rentre dans Sète, beaucoup de monde. Je cherche les flèches. Et je retrouve JB, on fait les 3 derniers KiL ensemble.
Tout en haut, je croise kékée Nadine Weiss (encore RecordWoman de la MiL’KiL à cette heure, tant que Annie n’est pas arrivée) avec Eric, qui sont venus sur le site.
J’attends la dernière ligne droite de 100 mètres pour accélérer. Quelle délivrance.
7 jours 9 heures 31 minutes 10 secondes.
Le chrono ne bouge plus, enfin…
Et là, même si les douleurs restent vives et la fatigue pesante, quels bons moments passés avec ce petit cercle d’amis. Bière (canette), photos, soleil.
C’est la 3e fois que j’arrive sur le site, cette fois c’est en couple que nous avons réussi la mission.
Nous regagnons alors le centre-ville, Sophie a trouvé un hôtel très joli sur le port. Sieste d’une heure, douche, et nous voilà partis prendre l’apéro et profiter de la soirée.
Nous surveillons l’arrivée d’Annie, et la guettons sur le port. Une lumière frontale approche, et Wonder Woman passe, elle ne s’arrête pas, elle file vers l’arrivée.
Le lendemain nous retournons sur le site d’arrivée et partageons quelques bons moments avec elle, Louis aussi, et leur équipe.
Après le repas de midi, nous reprenons déjà la route vers Paris et y arrivons dans la nuit.

Retour à la vie normale et réflexions
Mardi matin je retourne au bureau, et inscris mon temps sur l’espace vide que j’avais laissé sur le tableau blanc. Je pense aux copains qui sont encore sur la route, et les suis sur la cartographie.
C’était une semaine extraordinaire, que le quotidien arrivera à effacer peu à peu, mais jamais complètement. Trop d’émotions, de douleurs, de rires, de sentiments, de rencontres, de paysages, de complicité avec Sophie.
On aura réussi cette aventure à deux, avec peu (trop peu) de communication. Sophie qui aura toujours trouvé le moyen de me préparer à manger la bonne chose, en quantités énormes, comme il me fallait. Des eaux variées chaque jour, Hépar, St-Yorre, et autres, c’est la pro dans le domaine. Et bien souvent les petits plus, comme les cerises à l’eau-de-vie pour le dessert.
Je n’ai pas perdu de poids, voire le contraire. A l’image de l’indice VO2 Max, on pourrait parler de l’indice « Calories Max » qui qualifierait la capacité à ingurgiter et assimiler des calories. Et je ne dois pas être trop mal à cet indice !
Hôtels et chambres d’hôtes : bien sûr une petite contrainte pour le chrono final. Contrainte de devoir arriver là où on s’est calé le matin. Contrainte de devoir faire quelques centaines de mètres en plus en dehors du parcours, parfois. Mais également l’assurance d’être vraiment posés, d’avoir de vraies heures de repos, pour moi et surtout pour Sophie, qui faisait ses nuits complètes. A moi d’arriver le moins tard possible la nuit, et de repartir prêt à affronter les premières heures seul avec le sac à dos.
Il y a 30 ans, j’étais exempté de course à pied au bac, tellement j’étais nul, problèmes de dos et autres. Il y a 5 ans sur la MiL’KiL, je passais la barre des 8 jours. Ici j’avais pensé aux 7 jours. Comme quoi à force d’en faire, on progresse. (Je reste bien conscient que les meilleurs coureurs seraient certainement sous les 6 jours).
Je ne sais pas si j’aurai l’occasion de retenter. Mais c’est vrai que j’ai quelques idées pour gratter un peu de temps. Bêtement déjà, ne pas faire d’erreur de parcours. Après, mieux gérer les temps de sommeil est certainement une des clés. Ensuite garder une motivation en toute circonstance, et me forcer à courir doucement plutôt que de marcher, sur les derniers jours. Enfin améliorer la récupération jour après jour. Je reste médusé de voir comment certains traversent les continents pendant plusieurs mois. C’est encore une autre dimension, plus lente et plus longue.
Un grand merci à notre entourage qui nous aura permis de nous échapper du réel, d’avoir gravé ces belles émotions en cette année 2020 qui fauche.
Un grand merci à JB et à sa bande, qui imagine, ose, organise, et nous sert sur un plateau une aventure atypique, brute, à prendre ou à laisser. Tout cela avec une grande discrétion, très loin de l’hypocrisie du sport business.


Liens :

Article Gilles Bertrand :
https://www.liveaveyron.com/2020/06/22/milkil-on-va-se-la-faire-cette-biere/

Album photo :
https://photos.google.com/share/AF1QipOQFldnySIG8T9hUXnVRHhuX7TAI4_gpH-sOT7pEaYtm8NPz0rXVwgo8k9ehEdsMg?key=aXJ4Wk94UUVUQUVzbFZIR01vRk5xYWFsN1hucWRB

Suivi GPS (graphe) :
https://sw3.solustop.com/courses/suivi-milkil2020-graphe
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Re: CR MiL'KiL 2020

Messagede Cloclo le Mer 2 Déc 2020 03:03

Merci Stéphane pour ce CR complet et riche en détails, j'ai profité d'une petite insomnie pour le dévorer. :super:
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Re: CR MiL'KiL 2020

Messagede Hermagot le Mer 2 Déc 2020 06:35

Cloclo a écrit:Merci Stéphane pour ce CR complet et riche en détails, j'ai profité d'une petite insomnie pour le dévorer. :super:

Pas de bol. Pas d'insomnie :langue:
Mais une pause méridienne dont je me régale par avance :exite: :super:
:merci:
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Re: CR MiL'KiL 2020

Messagede jbj le Mer 2 Déc 2020 11:54

Magnifique, quelle aventure (à deux) ! Projet rondement mené mais on mesure l'investissement derrière cette "petite" semaine de parenthèse dans le quotidien et la motivation et la détermination que tout cela nécessite. Juste récompense de récupérer le record de la traversée et on se rend compte que les "moins de 7 jours" n'étaient vraiment pas loin.
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Re: CR MiL'KiL 2020

Messagede petitange le Mer 2 Déc 2020 13:06

Vu la longueur du CR, je pensais le lire en plusieurs fois, comme une mini-série, mais une fois que tu as démarré les premières foulées je n'ai pas eu d'autre choix que de te suivre ! Merci pour cette belle balade et à part un immense bravo et quelques :maitre: :maitre: :maitre: , je ne vois rien d'autre. Si, peut-être un grand :super: à ta femme qui a aussi fait une très belle course, sans oublier ceux qui t'ont poussé derrière !
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Re: CR MiL'KiL 2020

Messagede Popol24 le Mer 2 Déc 2020 14:43

:pompom:
Quel plaisir de te lire. Bière bouteille ou bière canette ? Et oui, c'est des questions essentielles qui nous
occupent des km et des km :mrgreen:
suis plutôt vin rouge et chaque fois je pense à la bouteille que je vais m'ouvrir à mon retour :exite: :exite:
Sacrée belle course de ta part, où, finalement, tu laisses peu de place à l'improvisation. :super: Et une belle prépa en amont :maitre:
Bravo à ton épouse, pas facile son rôle :mrgreen:
Et vivement la prochaine Mil Kil :pompom: :pompom:, on te verra deux fois, au départ et sur ton chemin du retour :pompom:
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Re: CR MiL'KiL 2020

Messagede fabcentkm le Mer 2 Déc 2020 15:35

Merci Steph pour ce CR. J'ai revécu quelques moments semblables, ressenti quelques sensations très ressemblantes, revu quelques paysages traversés au fil de la lecture de ton récit.
Quand tu sais que sur cet itinéraire des centaines de coureurs sont passés, chacun avec sa solitude, sa souffrance, son bonheur, ça donne l'impression que la route entre Saint-Malo et Sète a une âme. Sur cette voie vers la Méditerranée chacun a des paquets de Madeleines de Proust disséminés ici et là.
C'est en cela que cela restera une course mythique.
15 courses de plus de 1000km : 9TG(2005,2006,2007,2008,2010,2011,2013,2014,2016), 2TEFR(2009(à 85%),2012), 1LI(2015), 2DLL(2017,2019), 3VI(2017,2018,2019(450km), 1MilKil(2020). Fab ******€**&*δ~~δ~!
650,3 km, 71h18, 2 863 m D+ en 2021 (1er/33) - 9,12 km/h
[ 10 021,0 km, 1 193h30, 66 415 m D+ en 2020 (1er/44) - 8,40 km/h dont 1 503,0 km / 280h14 en course ]
[ 8 360,0 km, 924h53, 50 052 m D+ en 2019 (1er/47) ]
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Re: CR MiL'KiL 2020

Messagede antony le Mer 2 Déc 2020 15:58

Sacré CR, quel retour d'expérience tu nous fais là, un vrai cadeau pour ceux qui un jour tenteront une aventure similaire !

Merci merci merci :maitre: :maitre: :maitre:
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Re: CR MiL'KiL 2020

Messagede Hermagot le Mer 2 Déc 2020 16:54

Epoustouflant.
Merci pour ce CR.
Une canette bien méritée, assurément.
:super: :maitre:
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Re: CR MiL'KiL 2020

Messagede rsteph1 le Mer 2 Déc 2020 17:00

Merci beaucoup pour ce compte-rendu qui fait rêver!
Peut-être un jour quand les enfants seront grands mais je suis loin d’être Prêt à autant de souffrances!
Félicitations !!!
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Re: CR MiL'KiL 2020

Messagede stef le Jeu 3 Déc 2020 00:01

Merci pour tous vos retours :oops:

J'espère avoir suscité des vocations !

Popol24 a écrit:Et vivement la prochaine Mil Kil :pompom: :pompom:, on te verra deux fois, au départ et sur ton chemin du retour

La MiLKiL en 2022, c'est pas encore sûr. Ce sera l'année de mes 50 balais, je cherchais une course longue à faire pour fêter ça :siffle: .
Par contre toi, ce devra être ton année de finisher :wink:

Mais la MiMil dans 6 mois, oui c'est sûr que j'y serai !
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Re: CR MiL'KiL 2020

Messagede Léonard le Jeu 3 Déc 2020 13:34

Bravo Stéphane, belle maîtrise de course et de CR :chinois:
Avec 25 ans de bouteille, tu continues encore à te bonifier. C'est génial, je te souhaite de continuer encore longtemps sur cette voie. :maitre: :maitre: :maitre:

P.S.: pour mes 50 ans je m'étais offert la TG, mais je crois qu'il n'y en a pas en 2022 :pleurer:
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Re: CR MiL'KiL 2020

Messagede Samuel85 le Jeu 3 Déc 2020 15:00

Bonjour et merci Stéphane.
J'ai revécu la course comme le roitelet sur le dos de l'aigle... Merci Intensément.

Après bientôt 6 mois, il ne reste que les images fortes et suffocantes. Les autres se sont (déjà presque) envolées.

Ton père t'a accompagné tout au long et t'accompagnera. Toujours.
Comme ta mère d'ailleurs. Et ça personne autre que toi ne saurait le ressentir.

Merci de ce partage et Bravo
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Re: CR MiL'KiL 2020

Messagede Marathon-Yann le Jeu 3 Déc 2020 18:37

Merci Stéphane pour cet incroyable récit.
Je comprends un peu mieux ce que représente de courir 1000 km en 7 jours et des poussières. ... C'est extraordinaire
:maitre:
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